
DE LA NATURE DU TEMPS – PETITE MÉDITATION
Par une expérience de pensée, imaginons que le temps n’existe pas et regardons ce qui se passe alors – pour autant qu’il puisse se passer quelque chose en l’absence de temps…
Si le temps n’existe pas, il n’a pas de passé, pas de futur. Rien ne devient. D’un point de vue spatial, il n’y a pas de métamorphose possible, pas de mouvement possible.
Comme il n’y a pas de mouvement et de transformation, il n’y a rien à observer, puisque rien n’a pu devenir. Nous nous trouvons dans un monde vide de formes. Et vide d’espace, puisque s’il n’y a pas de mouvement. Aller d’un point à un autre n’a aucun sens sans le temps.
Les futures formes du monde ne sont potentiellement même pas présentes puisqu’il n’est pas possible de parler de futur lorsque le temps n’est pas là. Ainsi, si tout est déjà là, c’est sans aucune potentialité… Mais est-il possible de penser le tout sans aucune potentialité ?
Ce serait un tout qui aurait perdu ou peut-être jamais acquis aucune énergie (au sens aristotélicien du terme). Mais comment perdre ou acquérir quoi que ce soit sans le temps… Ce serait un tout sans forme, non-spatial et donc non organisé, non limité… Une chose indéfinie et donc rien (rien s’enracine dans le latin rem, accusatif de res qui signifie chose.).
« Avant le temps, il n’y a rien ». Mais peut-on parler d’ »avant le temps » ? Alors peut-il n’y avoir jamais eu rien, s’il n’y a pas d’avant le temps ?
Mon expérience de pensée butte contre ce paradoxe…
Je retiens en tout cas, qu’il faut que le temps apparaisse pour que les premières formes du monde adviennent potentiellement, avant même de se saisir de la substance de l’espace.
Les formes du monde sont nées avec le temps. Il s’agissait probablement de formes archétypales et non géométriques puisque non-spatiales. Elles étaient l’essence des choses du monde avant même de se vêtir de la substance de l’espace. L’essence des choses est probablement de nature temporelle. Elle est qualitative et non quantitative, puisque la quantité vient avec la substance de l’espace.
La quantité de temps, n’est jamais qu’une représentation spatiale du temps, représentation que l’on peut mettre au cadran d’une horloge ou sur une ligne graduée.
Je remarque également que nos représentations s’associent les unes aux autres lorsque nous pensons, et qu’elles entretiennent de ce fait un rapport spatial les unes aux autres. Lorsque nous pensons le temps, nous le pensons spatialement. Nous nous représentons le passé, le futur, le présent. Comme l’espace vient après le temps, il n’est probablement pas possible de s’approcher de la nature du temps, avec la pensée représentative. Pour penser le temps, nous avons à nous arrêter de penser de manière représentative. Mais savons-nous faire cela? Cela demande la plus pure attention qui garde au centre de la conscience la question « qu’est ce que le temps ? » , tout en renonçant à suivre les représentations qui peuvent venir pour tenter d’y répondre; l’attention la plus pure, vide de pensées associatives et ne cherchant pas de réponse tout en gardant la question très fermement en conscience.
Or, cette attention ne cherchant pas de réponse, ne se projetant dans un résultat (futur) et ne se référant à rien (passé), est au présent de l’expérience d’être attentif.
Il est probable que l’attention la plus pure, au présent de l’expérience, permet d’approcher la nature du temps, par l’expérience.
Elle permet non pas de prouver ce qu’est le temps, mais de l’éprouver.
Il apparait alors que le temps naît au présent. Il est le présent. Il est lui-même la source du présent.
Ainsi, lorsque nous nous exerçons à être présents, attentifs, nous approchons de la source, de l’origine de tout ce qui nous entoure. Nous nous plaçons à la source, nous-même.
Nous sommes à la source de ce qui nous arrive et de ce qui arrive autour de nous. Et, en étant à la source, nous sommes en mesure de répondre de tout ce qui nous entoure, et donc, littéralement, d’être responsable. Nous devenons responsable en étant présent.
Guillaume Lemonde



2 Commentaires
Je ne manifeste pas je lis régulièrement tes articles et avec plaisir. J’ai beaucoup aimé ta petite bande dessinée. La mienne traîne, je bute à des problèmes techniques. Je pense que j’y arriverai. Bonne continuation Denis
« Il apparait alors que le temps naît au présent. Il est le présent. Il est lui-même la source du présent.
Ainsi, lorsque nous nous exerçons à être présents, attentifs, nous approchons de la source…… »
il y a dans mon coeur….un grand OUI à cela….Merci pour ce présent…