
LA CRÉATION CONTINUE
Toute chose a bien dû commencer quelque part ! En remontant l’histoire, on évoque au début du début, le Big Bang ou la Création telle que le mythe de la Genèse la raconte. Mais ce principe créateur, cette force qui fait surgir du nouveau dans un processus vivant et dynamique, se limite-t-il au seul commencement de l’histoire ?
Cette question peut se poser à propos de l’origine de toute chose, y compris de notre propre existence. Si ce que nous sommes se résume aux processus de fécondation, de génétique et d’épigénétique, alors que devient notre histoire ? Elle se résume à une logique purement mécanique : une succession rigoureuse de causes et d’effets, où rien d’imprévu ne peut advenir, sauf par accident ou interférence extérieure. Ce n’est plus une histoire, mais algorithme.
Dans un monde où tout est écrit dès le départ, l’histoire ne peut évoluer que sous l’effet des circonstances. L’existence devient alors un simple développement programmé, sur lequel l’individu n’a aucune prise. L’être humain finit par être perçu comme un système prévisible, soumis aux lois immuables de la physique. Dès lors, la maladie et la mort ne sont que des dysfonctionnements mécaniques à corriger; et le rôle du médecin se réduit à appliquer des protocoles de plus en plus sophistiqués, à la manière d’un technicien chargé de réparer une machine.
En pédagogie, cette vision conduit à considérer l’élève comme un système conditionné par son hérédité, son environnement et ses capacités innées. L’apprentissage devient un processus linéaire et prévisible, où la transmission des savoirs repose sur des techniques visant à compenser les déficits cérébraux des enfants. Le rôle de l’enseignant est alors d’imprimer des connaissances dans les cerveaux, comme on alimente une machine en données.
Mais si nous avons la capacité de créer, de nous dépasser, d’évoluer malgré les contraintes, si nous pouvons agir plutôt que de réagir aux forces qui nous déterminent, si nous pouvons choisir de ne pas répondre à la peur ou céder à la haine, alors il est évident que l’acte créateur — celui qui introduit du neuf dans le monde, une rupture dans un continuum — doit se renouveler à chaque instant.
Évidemment, comme ce qui est nouveau, réellement nouveau, ne peut être le prolongement de rien qui existe déjà, ce qui en nous porte ce renouvellement ne peut être déterminé en rien. Cela doit être choisi. Ce ne peut être qu’un acte libre se tenant dans ce qui nous détermine. Cet acte libre porté par aucun passé est au présent le plus immédiat.
Et nous comprenons ainsi que c’est au présent que la création se fait. Elle était au présent de la fécondation et elle est à découvrir au présent de chaque instant depuis.
Ainsi, le médecin, le pédagogue ont à se rendre disponible pour accueillir en l’autre, ce présent qui s’accomplit et cette conscience fonde une nouvelle façon de concevoir et de vivre la relation.
Les Cahiers de la démarche Saluto sont écrits pour vous l’exposer.
Bien à vous
Guillaume Lemonde


