
C’EST EN AIMANT QU’ON RENCONTRE LA MORT – 17 mars 26
Comment se préparer à mourir ? Comment rencontrer ce qui ne se produit qu’une fois dans une vie et dont personne ne peut parler faute d’en être revenu ? Les escapades que certains ont vécues aux abords d’un grand tunel de lumière, les écrits millénaires rassurent certains d’entre nous. Ils assurent qu’il y a une suite à la vie, un au-delà. On peut mourir tranquille. Ils évoquent l’inconnu qui nous attend et peuvent faire autorité, pour peu que nous soyons prompts à croire en la légitimité de la source dont ils émanent. Pour d’autres, la mort est la fin de tout et l’on se rassure peut-être en imaginant que l’on survivra dans la mémoire des vivants et que les atomes de notre corps se recombineront dans d’autres êtres. Mais quoi qu’il en soit, un récit et des convictions ne remplacent pas l’expérience qui nous attend : c’est dans notre naïveté première que la mort nous prendra tous ; au sens où la naïveté signifie littéralement que nous serons avec la mort, comme un nouveau-né, inexpérimenté. Ce sera pour nous la première fois, le premier rendez-vous. Pour peu que nous soyons conscients lorsque cela arrivera, cet événement sera le plus intime de notre vie, car il sera absolument impossible à partager avec ceux qui seront peut-être autour de nous. En cet instant, même si une main tient la nôtre, nous serons seuls au monde devant l’épreuve.
Ne s’agit-il pas de laisser tout ce que nous connaissons ? Le plus puissant des rois, entouré toute sa vie d’une cour bruyante est, devant la mort, au même régime que le dernier des esclaves. Chacun est reçu, nu comme au premier jour. La mort nous renvoie à nous-mêmes, dépouillés d’absolument tout. Que reste-t-il au bout du compte ? C’est à donner le vertige. Y a-t-il seulement, après soustraction de tout ce qui nous relie au monde, une essence particulière dont on ne peut plus rien retrancher ? Quelque chose qui serait en quelque sorte unique au monde puisque ne possédant plus rien en soi de ce qui nous relie aux autres ? Si la mort accueille quelque chose de nous, ce ne peut être que cette part unique au monde. Mais elle nous est la plupart du temps inconnue, et c’est pourquoi la mort peut faire si peur. Elle nous fait peur à la mesure de cet inconnu que nous sommes pour nous-mêmes.


