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CE QUI FAIT AUTORITÉ DANS L’ÉDUCATION

Collection :

Informations complémentaires

Auteur

Numéro

2024/09 (N°4)

Parution

2024

Format numérique

PDF

Nombre de pages

20

Ce texte opère un renversement décisif que son sous-titre dit en peu de mots : l’autorité n’est pas une qualité que l’adulte possède ou produit – elle lui est accordée par celui à qui elle profite. Auctoritas, du latin augere : faire croître. L’autorité fait croître celui qui la reçoit, et c’est précisément pour cela qu’il la reconnaît. Il montre que l’éducateur ne peut s’adresser à l’être de l’enfant – et donc recevoir son autorité – qu’à la condition d’avoir lui-même appris à traverser les conditionnements de sa propre personnalité. D’où la nécessité, ici encore, d’une éducation de l’éducateur comme condition sine qua non de toute autorité légitime.

Abstract : Face à la crise contemporaine de l’autorité éducative – oscillant entre un autoritarisme décrédibilisé et une permissivité qui livre l’enfant à lui-même -, cet article propose un retour à l’étymologie du terme auctoritas comme point de départ d’une refondation conceptuelle. Augere – faire croître, accroître – révèle que l’acte d’autorité n’émane pas de celui qui l’exerce, mais lui est accordé par ceux à qui il fait bénéficier d’un accroissement de leurs possibilités à venir. L’autorité n’est pas produite, elle est reçue. Cette définition engage deux retournements décisifs : un retournement spatial – l’autorité rayonne de la périphérie vers le centre, non l’inverse – et un retournement temporel – elle trouve sa source dans l’avenir, non dans le passé. L’article développe ensuite une distinction fondamentale entre personnalité et être : la personnalité, résultante prévisible des déterminismes contextuels, est ce que l’enfant porte comme masque (prosopon) ; l’être, irréductible à tout conditionnement, est ce qui advient en lui depuis l’avenir, ce qu’il a d’universel et d’unique simultanément. L’autorité de l’éducateur est alors définie avec précision : elle lui est accordée dans la mesure exacte où il s’adresse à cet être en train d’advenir, et non à la personnalité de l’enfant. Ni la menace, ni la séduction, ni les stratégies d’autorité éducative fondées sur des postures et des savoirs ne peuvent remplacer cette orientation fondamentale. L’article montre que l’éducateur ne peut s’adresser à l’être de l’enfant qu’à la condition d’avoir lui-même appris à traverser les conditionnements de sa propre personnalité – d’où la nécessité d’une éducation de l’éducateur comme condition sine qua non de toute autorité légitime. Le texte s’appuie sur Hannah Arendt, Kant et l’étymologie latine pour ancrer philosophiquement une thèse qui trouve ses applications dans la vie quotidienne de la relation éducative, et s’inscrit dans le cadre de la téléopsychologie et de la démarche Saluto.

Guillaume Lemonde

Médecin, chercheur, développe et enseigne la démarche Saluto dans ses différents champs d'application. Après des études de médecine à Lyon, il découvre la pédagogie curative et la sociothérapie, alliant la pédagogie et la santé. Pour lui, la question de toujours est d’offrir l’espace et les moyens permettant à chacun de devenir acteur de sa vie. Il ouvre un cabinet en Allemagne où il poursuit ses recherches dans le cadre de l’éducation spécialisée, puis en Suisse. À partir de l’étude des grands chapitres de la pathologie humaine, il met en évidence quatre étapes de la présence à soi et au monde (1995) et découvre et développe à partir de cette recherche la Salutogénéalogie (2007) et la démarche Saluto (2014). Il donne des conférences et des séminaires de formation pour enseigner cette démarche. Il est auteur de publications faisant état de ses travaux.

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