
LA RENCONTRE
« Rencontrer quelqu’un, c’est être bousculé, troublé. Quelque chose se produit, que nous n’avons pas choisi, qui nous prend par surprise : c’est le choc de la rencontre. Le mot « rencontre » vient du vieux français « encontre » qui exprime « le fait de heurter quelqu’un sur son chemin ». Il renvoie donc à un choc avec l’altérité : deux êtres entrent en contact, se heurtent, et voient leurs trajectoires modifiées ». Charles Pépin, La rencontre, une philosophie
La rencontre humaine est une expérience essentielle de la vie. Un être humain qui ne vit pas la rencontre finit par ne plus savoir qui il est.
Ce qui va suivre s’adresse à tous, à toute rencontre, qu’elle soit professionnelle ou personnelle, ou avec soi-même.
Dans cet espace, il s’agit de présence, d’écoute et d’une connaissance, d’une compréhension profonde de l’être humain. Par notre attitude, nos paroles, nos gestes, nos habitudes comportementales, nos perceptions, nos pensées, nos peurs, nos joies, nos gestes… nous teintons inconsciemment la rencontre.
Pour que celle-ci puisse se vivre dans le respect de l’autre et de soi, je vous propose d’explorer ce thème sous l’angle de la démarche Saluto.
« Ma maison mentale, ma maison de cœur était fermée à double tour. Tu as cassé les vitres et depuis l’air s’engouffre, le glacé, le brûlant, et toutes sortes de clartés ». Bobin, La plus que vive
1- Commençons par les élans de sympathie ou d’antipathie que nous vivons vis-à-vis de l’autre. Comment ne pas se laisser influencer par ces perceptions, ces intuitions positives ou négatives ? Comment rester ouvert sans pour autant être envahi, submergé par nos propres émotions ou celles de l’autre ? Comment ne pas être démuni ? Mal à l’aise ? Certains cherchent à « se protéger », c’est-à-dire se couper de ses émotions en gérant ces dernières avec le mental. Ou alors on entre dans une profonde empathie en voulant comprendre, partager les soucis, les problèmes, la souffrance que l’on ressent chez notre ami(e). Souvent on bascule de l’un à l’autre, on passe de la sympathie à l’antipathie, de l’ouverture à la fermeture. Nous manquons de distance, nous manquons de limites. nous sommes intérieurement déstabilisés. Nous allons avoir besoin d’ancrage, de structure. Nous avons besoin de ressentir nos limites, celles qui protègent notre espace intérieur, celles qui nous permettent de savoir qui nous sommes, celles qui nous donnent de l’assurance dans cette rencontre, celles qui nous permettront d’accueillir l’autre sans être débordé par les sentiments.
Être stable intérieurement permet d’unir les sentiments contraires.
Pour rencontrer l’autre quand je suis pris par les mouvements de sympathie ou d’antipathie, par les jugements, les perceptions, par tout ce que comporte ma vie intérieure, je suis invité à exercer la stabilité. C’est mon point d’ancrage.
« Aucune grâce extérieure n’est complète si la beauté intérieure ne la vivifie. La beauté de l’âme se répand comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps ». Victor Hugo, Post-scriptum de ma vie.
2- Le deuxième geste qui nous est tout naturel est la perception sensible de l’autre. Ce ne sont plus nos sentiments qui débordent, c’est ce qui touche à nos sens. Si nous ne sommes pas présent à cela, nous faisons instinctivement un espèce de scan de la personne : en observant son apparence, sa stature, la couleur de ses vêtements, de ses yeux, de ses cheveux, nous sommes sensibles à sa voix, sa démarche, ses gestes, son odeur… nous nous laissons guider par ces perceptions sensibles et la relation devient superficielle. Nous restons happés par ce que nos sens nous dictent et souvent nous n’avons pas de temps à consacrer à cette rencontre. le temps presse !
Faire taire nos sens, se rendre disponible, donner du temps par une présence à l’instant qui s’offre permettront de vivre la relation autrement. Nous apprenons ainsi à rendre cette relation plus profonde. En mettant de la distance avec nos perceptions sensibles nous parvenons à dégager un espace dans lequel un lien peut se créer. A notre regard s’offre ce qui est invisible à nos yeux.
Nous venons de découvrir deux clés pour permettre la rencontre de l’autre : Être stable dans ses sentiments, développer de la profondeur dans nos perceptions.
Continuons.
« Un ami c’est une route, un ennemi c’est un mur » Proverbe chinois
3- Pour que la rencontre ait lieu, nous devons la vivre dans l’intérêt pour l’autre. Celui-ci passe par un engagement intérieur, il est la condition nécessaire pour vivre un échange sincère et profond. Mais ce n’est pas facile, on ne se comprend pas toujours, chacun a des intérêts personnels qu’il veut préserver, voire mettre en avant. L’autre est vécu lui-même comme un obstacle, . Il nous contrarie, nous énerve, on se sent freiné dans nos projets, ou même bloqué à cause de lui. Il n’y a pas d’issu. La situation peut devenir conflictuelle. Dans ce cas, l’ami devient un ennemi.
Si je tiens à faire évoluer cette rencontre dans un cadre serein, sans pour autant mettre de côté mes propres objectifs, il faudra développer intérieurement un engagement profond pour l’autre, il faudra avancer ensemble, pas à pas sur le chemin de cette rencontre, comme une collaboration. La relation devient riche de cet effort, la rencontre fructueuse. Les intentions que j’avais au départ vont peu à peu s’adapter, s’affiner et trouveront le soutien dont j’ai besoin pour leur réalisation.
Être stable dans ses sentiments, développer de la profondeur dans la perception de l’autre, s’engager dans la rencontre, voici trois clés pour vivre une belle relation avec l’autre, avec le monde environnant, avec soi-même.
Il en reste encore une :
« L’énigme qu’est l’Autre recule comme l’horizon à chaque pas que tu fais vers lui. ». Singer, Éloge du mariage, de l’engagement et autres folies »
4- Rencontrer l’autre c’est, au départ ne pas le connaitre. C’est une expérience qui nous donne le sentiment d’avancer un terrain inconnu. Notre interlocuteur peut être considéré comme un étranger, quelqu’un qui n’est pas de notre monde, qui n’a pas nos valeurs. Vu sous cet angle, il sera difficile de créer des liens avec lui.
Pour vivre une vraie rencontre ne craignons pas l’aventure ! L’autre arrive avec un monde tout neuf pour nous. Et nous sommes un monde tout neuf pour lui. Apprendre à s’ouvrir à l’autre, à partager nos expériences différentes, à percevoir les liens qui nous rapprochent, à s’enrichir de nos différences, voilà ce que nous sommes invités à vivre dans cette rencontre de l’autre.
Cette expérience passe par la confiance : confiance en l’autre, confiance en la vie qui nous propose cette rencontre, confiance en soi, en sa capacité à s’ouvrir à l’autre même s’il est si différent de nous !
Être stable dans ces sentiments, développer de la profondeur dans la perception de l’autre, s’engager dans la rencontre, faire et avoir confiance
Ces quatre clés offrent de nombreuses ressources pour rencontrer, accueillir, partager, comprendre son interlocuteur. Une seule peut suffire pour vivre la joie de cette expérience.
Chacun de nous est en lien intime avec l’une de ces quatre clés. Elle représente notre quête biographique. Elle nous invite à être présent si nous ne voulons pas répéter le même scénario lorsque nous rencontrons quelqu’un.
Si je n’arrive pas à exercer cette présence, je peux au moins prendre conscience de ce que je mets en place pour palier à cet inconfort que je vis dans la rencontre. C’est le début de la présence à soi-même…
- Si je manque de stabilité intérieure : pour éviter cet inconfort, deux possibilités : je me coupe de l’autre, je m’isole, ou, à l’opposé, mon empathie est si grande que souffre avec lui. Dans ce déséquilibre je suis perdu, je ne sais plus à quoi m’en tenir.
- Si je manque de distance et donc de profondeur dans ma perception de l’autre : je suis happé, submergé par la multitudes d’informations que mes sens reçoivent et qui m’épuisent. Ces détails rendent la relation superficielle et je ne trouve pas la vitalité qui peut m’offrir cette rencontre.
- Si je manque d’engagement dans la relation, si je ne sais pas avoir de l’intérêt pour l’autre : J’adopte des stratégies pour arriver à mon but, je me confronte, je m’oppose, je m’impose. Je ne sais pas gérer ma relation avec l’autre. Je le considère comme une entrave, la situation est sans issue.
- Si je manque de confiance : je me méfie, je me referme sur mon petit monde construit sur des valeurs qui ne se partagent pas avec « n’importe qui » ! Je recherche la relation qui me sécurise, qui me rassure, j’évite celle qui me pousse à l’aventure.
Cet article propose des ressources pour donner de la qualité à nos rencontres. Nous pouvons observer ce qui manque chez l’autre, de la stabilité, de la profondeur, de l’engagement, de la confiance et mieux comprendre ses réactions lorsque nous échangeons. Mais le véritable travail pour prendre soin de la rencontre commence par un travail sur soi. Quelle est la ressource qui me fait le plus souvent défaut ? Comment acquérir cette clé ? Les formations que propose Guillaume Lemonde peuvent répondre à ces questions. Le travail que je propose en consultations individuelles peut aussi apporter de précieuses réponses.
Au cours d’une vie nous explorons ces quatre thèmes. Même si une seule construira le fil rouge de notre biographie, nous serons invités à explorer les autres à différents moments de la vie (par exemple, la ressource de l’engagement est celle que nous cherchons tous à rencontrer ente 42 et 49 ans.). C’est pour cela qu’à la lecture de cet article vous êtes-vous peut-être sentis plus intimement liés à deux de ces quatre ressources.
Ce thème fera l’objet d’un prochain article.
Toinon Folque
illustration : Bas-relief Les trois Grâces, Botticelli.


