
L’EXERCICE DE LA STABILITÉ DANS NOTRE BIOGRAPHIE
Dans l’article intitulé « La rencontre » publié le 27 juin 2024, j’évoquais la présence de quatre thèmes : la stabilité, la profondeur, l’engagement et la confiance pour permettre une véritable rencontre.
La démarche Saluto présente ces quatre thèmes comme quatre ressources essentielles pour une véritable rencontre avec soi. Elles permettent un exercice de présence libre de tout jugement, toute injonction intérieure.
La vie est pour chacun une rencontre avec soi-même, qu’on le veuille ou non. Cette rencontre avec soi passe par l’exercice de ces quatre ressources. Celles-ci se présentent chacune à leur tour tout au long de notre vie, dans un rythme régulier, à des périodes précises.
La vie humaine se déroule selon des rythmes connus depuis l’Antiquité, le plus célèbre étant le rythme de sept ans qu’on appelle septaine.

Le travail biographique s’appuie, en grande partie, sur ce rythme pour explorer les évènements que nous traversons au cours de notre vie.
Nous avons pour cela plusieurs outils, mais pour cet article nous nous réfèrerons à la carte de vie.
La carte de vie partage en période de 7 ans les phases de la vie humaine.
Chaque période est porteuse d’une impulsion particulière. Globalement, sur les quatre premières septaines ( jusqu’à 28 ans), nous recevons par le pays dans lequel nous vivons, par le foyer familial, les éducateurs, les parents, par le biais de l’école, de notre vie sociale naissante, le moyens de rencontrer ses impulsions (la stabilité, la profondeur dans nos perceptions sensibles, l’engagement, la confiance en la vie).
Après 35 ans il nous appartiendra de nous réapproprier, de les ajuster à nos nécessités par un travail personnel.
Entre 28 et 35 ans, la vie nous invite à remettre en question ce qui nous a été donné, le contexte dans lequel nous avons grandi. C’est une condition essentielle pour apprendre à devenir libre. C’est un passage souvent chaotique, difficile à traverser, fait de sentiments d’isolement, d’abandon.
Les fondements de la Saluto viennent éclairer ce chemin, le rendre compréhensible et éveillant. Avec la Saluto, la carte de vie s’anime, s’individualise. Nous pouvons faire émerger la quête de toute une vie, avec ses entraves, ses ressources. Ces ressources ont à voir pour chacun de nous avec l’une de ces quatre clés. Elles nous proposent de devenir présent et acteur de notre vie. C’est le moment d’en saisir une par notre propre volonté. Avant, comme dit plus haut, elles sont plus ou moins offertes par les contexte dans lequel nous avons grandi. Elles se présentent elles aussi sur la carte de vie au travers des différentes septaines .
Regardons comment :
La première septaine ( de la naissance à 7 ans) est en face des 2 septaines allant de 56 à 70 ans. Ces 3 septaines ont à faire avec la quête de stabilité.
Pour rappel, la quête de stabilité est liée à la vie des sentiments , un espace intérieur qui cherche à se protéger en trouvant les bonnes limites dans la rencontre avec l’autre. Nous réagissons en oscillant alors entre sympathie et antipathie. Nous sommes perméables à ce qui nous entoure, nous nous adaptons, nous nous contorsionnons (intérieurement) pour ne pas froisser l’autre, nous cherchons naturellement à le comprendre, à lui plaire.
Ou bien, l’autre réaction possible sera de nous fermer. Nous bloquons la vie des sentiments pour ne pas souffrir. Pour cela, on mentalise, on explique, on juge, on étudie l’autre. On veut se mettre à distance de situations qui engagent les sentiments.…
Entre la naissance et 7 ans, le petit enfant est naturellement tout ouvert, sensible à ce qui l’entoure. Il est en sympathie avec son environnement. Ces sens sont de petites fenêtres ouvertes sur l’extérieur. Son monde intérieur se confond avec le monde environnant, ses sens le guident dans cette aventure. Il est influençable, malléable, par nature, pour lui, le monde est bon. Le petit enfant a de belles capacités d’émerveillement et de confiance en la vie. Mais il n’est pas stable ni dans son corps ni dans son âme. Tout l’émerveille, ou le bouleverse, tout est source de joie et de colère. C’est par son corps qu’il découvre, explore, apprend.
La conquête de son corps est une quête de stabilité physique et psychique. Si le petit enfant peut bien « habiter » son corps, il fera une belle expérience de stabilité et d’unité avec le monde. Son monde intérieur se renforce et se structure. C’est une base essentielle pour sa vie d’adulte.
Cette prise en main des facultés corporelles passe, entre autres, par quatre thèmes que nous appellerons sens corporels : Sens du toucher, sens de la vie, sens du mouvement, sens de l’équilibre. Ces quatre sens sont fondamentaux à l’expérience de stabilité.
Le soin apporté à l’éveil de ces quatre sens nous aidera plus tard à gérer notre vie émotionnelle sans passer par des états d’âme qui nous déstabilisent, nous perturbent, nous dépassent.
Voyons comment :
Le sens du toucher : C’est la toute première expérience corporelle. Nous la faisons dès la naissance. Nous prenons contact avec le monde. La peau envoie les premiers messages de bien-être ou pas. Cela dépendra de sa sensibilité mais en général nous avons tous besoin de ressentir la chaleur et la douceur avec et pour notre peau. Le petit enfant a besoin de prendre pour toucher, pour rencontrer le monde. C’est une nécessité à cet âge. Le petit enfant veut tout pour lui. C’est une forme d’égoïsme qu’il faut accompagner. Il ne s’agit pas de céder à tous ses désirs mais de mettre à sa portée de beaux objets conçus dans des matériaux nobles pour prendre soin de cette expérience du toucher. Cela influencera plus tard son rapport au monde et aux autres.
Le sens de la vie : Il transmet les informations sur l’état de notre corps. Le petit enfant est entièrement dépendant de son bien-être corporel. Quand il va bien, il est calme, gai, souriant. S’il y a une perturbation corporelle, il est nerveux, grognon, il pleure. C’est le cas quand il a faim, quand les dents poussent ou qu’il a mal au ventre… C’est son corps qui dicte son bien-être.
Le sens du mouvement : Il transmet la connaissance sur ce que font nos membres. Il s’agit de bouger, ramper, rouler, marcher à quatre pattes. Vivre toutes ces étapes avant la marche assure une bonne connaissance de son corps et donne une belle assise pour apprendre à se tenir debout et marcher. Apprendre à être libre dans ses mouvements, dans son corps prépare une autre forme de liberté.
Le sens de l’équilibre : Il nous transmet la possibilité de nous tenir debout et nous apporte de l’assurance et de la confiance en nous dans notre rapport aux autres et au monde qui nous entoure..
Apprendre à se tenir debout c’est aller à la rencontre de soi-même, et préparer notre capacité à .se positionner, s’affirmer.
Les petits enfants sont friands des jeux d’équilibre pour ces raisons. Plus ils auront l’occasion de tester l’équilibre avec leur corps, plus ils se sentiront fort et libre ( équi-libre).
Ces quatre sens seront bien sûr présents tout au long de notre vie. Ces quatre expériences, nous les emportons pour la suite de notre vie. Elles seront teintées du vécu de la petite enfance et il nous appartiendra de les développer, de les faire évoluer, de les métamorphoser.
Avec ces sens nous cherchons à vivre notre stabilité intérieure. Cette quête est d’abord extérieure, corporelle et devient peu à peu une quête intérieure qui pourra s’appuyer sur le développement de ces quatre sens de la petite enfance.
Il y aura cependant une autre période biographique plus concernée par ces sens.
Le schéma ci-joint montre quelles septaines entrent en résonance avec la première septaine. Il s’agit de la période allant de 56 à 70 ans.

Ce qui caractérise cette période c’est l’affaiblissement des forces vitales. Sur le plan corporel, le mouvement décrit entre la naissance et 7 ans s’inverse. Nos facultés corporelles et sensorielles diminuent. On entre dans une phase de repli. Il est conseillé à ce moment-là de faire un bilan sur sa vie afin d’amorcer la suite avec un nouveau dynamisme. Le regret, la nostalgie, la mélancolie, l’amertume menacent notre rapport à la vie et au monde. Les rancunes
accumulées brouillent l’avenir, la peur nous sclérose… On perd pied, ces sentiments prennent le dessus et nous devenons instables, irritables.
Le geste intérieur qui va nous permettre de nous sentir ancré dans la vie et nous aider à l’accueillir avec intérêt, de garder des facultés d’émerveillement, d’imagination c’est à nouveau la stabilité. Elle est un enjeu majeur dans cette période tout comme elle l’a été dans la petite enfance.
Regardons alors ce qui l’en est pour les quatre sens qui ont aidé à donner une stabilité avant dans la petite enfance et ce jusqu’à la septième année.
Le sens du toucher : Il se métamorphose et devient le tact. Il concerne maintenant la délicatesse, le respect pour autrui. Dans l’enfance il passait par la préhension de tout ce qui entourait l’enfant. On a parlé d’un geste égoïste nécessaire à cet âge pour se lier au monde. Si ce geste n’a pas été éduqué dans l’enfance nous allons compenser maintenant ce manque en cherchant à posséder beaucoup de choses, les garder pour soi. N’ayant pas d’assurance intérieure, on cherche à se rassurer, se sécuriser de cette façon.
Il y a cependant un moyen de se réconcilier avec ce sens malmené : toute activité faite avec les mains rééduque le sens du toucher. Faire, créer pour les autres devient une thérapie bienfaisante pour soigner notre rapport au monde et nous sentir bien.
Le sens de la vie : Dans la petite enfance il est lié au bien-être corporel. Ce sens deviendra égalité d’humeur dans la vieillesse. Ici c’est l’égalité d’humeur qui contribuera à notre stabilité intérieure. Quand nos forces de vie déclinent l’enjeu est de garder de la sérénité, de la joie de vivre. C’est plus ou moins facile ! Dans cette période biographique nous sommes plus facilement perturbés par les différents maux liés à l’âge. Nous pouvons devenir hypocondriaques, être de mauvaise humeur, facilement irritables, contrariés. On s’enlise dans les ennuis de santé et développons un intérêt exagéré pour les réactions désagréables du sens vital.
Il y a cependant un moyen d’y travailler : Se rapprocher des autres, notamment des petits enfants, les garder, s’en occuper régulièrement, partager des activités créatrices avec eux. Organiser son temps afin de rencontrer les gens avec lesquels on a des centres d’intérêt communs. Etre attentif aux rythmes quotidiens, hebdomadaires que l’on se donne… Soigner le moment du coucher avec des petits rituels que l’on crée pour soi.
Le sens du mouvement : Il est lié dans la petite enfance à la capacité de bouger, de prendre conscience de nos membres et de tout ce que l’on peut faire avec. Ce sens du mouvement devient liberté intérieure. Le manque d’agilité, s’il n’est pas travaillé, amène une inertie intérieure.
Pour y remédier, il est important de se fixer des objectifs précis et de s’y tenir. Les exercices de yoga, la danse sous toutes ses formes, la marche, toute activité qui nous invite à bouger, ainsi qu’un travail de méditation, de contemplation permettra de vivifier notre vie intérieure apportant une structure, une sérénité propres à notre stabilité intérieure.
Le sens de l’équilibre : Ce sens dans l’enfance s’exprime avec la volonté inconditionnelle de l’enfant pour se tenir droit et marcher. Cela lui apporte une certaine sécurité par rapport à ce qui l’entoure. Avec l’expérience de la verticalité corporelle se développe l’expérience d’un espace intérieur qui va s’individualiser peu à peu. C’est le moment où le petit enfant parle de lui à la première personne, il dit « Je ».
Ce sens deviendra rayonnement intérieur. Dans l’âge avancé nous pouvons faire autorité pour ceux qui nous entourent. Nous pouvons dégager un sentiment de paix, nos paroles seront sagesse et bonté. Notre perception de l’autre est profonde. Nous savons cultiver la distance nécessaire pour ne pas être pris par les vagues de sympathie et antipathie. Le calme intérieur nous guide dans nos actes et nos paroles. Nous restons ancrés dans la vie.
Dans le cas contraire nous sommes agités, insécurisés. Nous sommes en quête de cet équilibre (équi-libre) pour faire cette expérience de liberté intérieure. Pour pallier à cet expérience que nous ne pouvons faire, nous nous attachons de façon superficielle à ce qui nous entoure. Nos objectifs servent seulement notre personnalité. Mais en réalité nous avons perdu le contact avec nous-mêmes.
Comment faire évoluer ce sens ? En cultivant le détachement pour ce qui relève du monde matériel. En s’engageant pour des causes nobles qui permettent une amélioration des conditions humaines par le biais d’associations humanitaires par exemple. Le rayonnement intérieur permet la bienveillance et le soin de l’autre.
C’est avec ces efforts tournés vers l’autre que je vais trouver l’énergie bienfaisante dont j’ai besoin.. C’est ainsi que se vit la stabilité à travers le sens de l’équilibre.
Quatre sens de la petite enfance, quatre qualités qui peuvent se manifester après avoir subi les métamorphoses successives que propose la vie. Quatre sens intimement liés à la quête de stabilité.
C’est ce que nous essayons de les mettre en lumière dans le travail biographique (pour plus d’informations consulter le site : https://toinon-folque.com). C’est aussi ce que proposent la formation à la démarche Saluto. (pour plus d’informations consulter le site : htps://demarchesaluto.com).
Toinon Folqué


