
UN DROIT À L’AIDE À MOURIR ? inversion des valeurs
Alors que le Parlement français, sous influence du GODF (voir cet article) vient d’adopter le 27 mai 2025 la loi dite du « droit à l’aide à mourir », des questions se posent : un droit, lorsqu’il est affirmé, ne suppose-t-il pas un devoir correspondant chez autrui ? Et dans ce cas, quel devoir impose-t-on à celui qui se tient en face de la personne souffrante ?
Dans le texte de loi qui vient d’être adopté, une disposition est introduite afin de créer un délit d’entrave à l’aide à mourir. Ce délit prévoit une peine de deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende pour toute personne qui empêcherait ou tenterait d’empêcher, par tout moyen, de recourir à l’aide à mourir ou de s’informer à ce sujet. Cela inclut également la diffusion d’informations susceptibles d’induire intentionnellement en erreur sur les caractéristiques ou les conséquences médicales de l’aide à mourir.
Le Dr Jean-Louis Touraine (GODF), député La République en Marche du Rhône et président du groupe d’études « fin de vie », grand promoteur de cette loi, veut même aller beaucoup plus loin (vous pouvez l’entendre en suivant ce lien).
Il disait le 30 novembre 2024 : « Une fois qu’on aura mis le pied dans la porte, il faudra revenir tous les ans et dire : on veut étendre ça. Parce que je ne vous apprends pas quelque chose probablement : dans la première loi, il n’y aura pas les mineurs, dans la première loi, il n’y aura pas les malades psychiatriques et dans la première loi, il n’y aura même pas les maladies d’Alzheimer. Tout ça ne viendra pas tout de suite. Mais dès qu’on aura au moins obtenu une loi pour ceux qui ont une maladie de Charcot, pour certaines formes de tumeurs généralisées, etc. après on pourra étendre les choses en disant que c’est pas normal qu’il y ait des malades qui ont telles formes de maladie qui y ont droit et d’autres qui n’y ont pas droit. Donc, il faudra introduire cette égalité. »
Ainsi donc, le projet est également d’assassiner les personnes atteintes d’Alzheimer et les malades psychotiques (en absence de consentement possible, il s’agit bien d’un assassinat). Et pourquoi pas les handicapés mentaux ? Et les adolescents suicidaires ?
La situation est très grave.
Elle est à rapprocher d’un autre moment de l’histoire européenne, où des médecins allemands avaient ordre d’accorder une « mort miséricordieuse » (en allemand Gnadentod) aux personnes dont la vie était considérée comme indigne d’être vécue – malades incurables, y compris les malades psychiatriques et les handicapés mentaux. Cet ordre, signé le 1er septembre 1939 par Adolf Hitler est de la même veine que la déclaration du Dr Jean-Louis Touraine. En effet, même si les motivations de ce Monsieur ne sont pas les mêmes, elles puisent à la même inversion des valeurs : une absolue confusion quant au droit et à la dignité.
Relisons Simone Weil. Dans L’Enracinement, elle écrit :
« Cela n’a pas de sens de dire que les hommes ont, d’une part des droits, d’autre part des devoirs. Ces mots n’expriment que des différences de point de vue. Leur relation est celle de l’objet et du sujet. Un homme, considéré en lui-même, a seulement des devoirs, parmi lesquels se trouvent certains devoirs envers lui-même. Les autres, considérés de son point de vue, ont seulement des droits. Il a des droits à son tour quand il est considéré du point de vue des autres, qui se reconnaissent des obligations envers lui. Un homme qui serait seul dans l’univers n’aurait aucun droit, mais il aurait des obligations. » (1)
Ainsi, les droits ne sont réels que parce qu’autrui se reconnaît un devoir envers moi. Dès lors, affirmer un « droit à mourir » revient à supposer qu’un autre — souvent un soignant — a le devoir de provoquer ma mort (ce que le législateur n’est pas loin d’approuver, commençant par prévoir un délit d’entrave).
Ce glissement est redoutable. Il transforme l’espace du soin en lieu d’exécution d’un désir, fût-il sincère. Il assigne à l’autre non plus un devoir de présence, de soin et de fidélité, mais un devoir de mettre fin à la vie. Nous sommes à l’opposé de ce qui fonde notre société (et de ce qui fonde la médecine depuis le serment d’Hippocrate, lequel repose sur le devoir de ne pas nuire et de prendre soin des plus faibles).
Comme mes droits viennent des devoirs que les autres ont envers moi, c’est toujours le devoir qui fonde le droit, et non l’inverse. Simone Weil nous permet ainsi de comprendre que le devoir prime sur le droit, et donc sur toute situation particulière. Il est l’obligation que nous avons envers les autres quels que soient ces autres, quels que soient les cas particuliers. C’est un engagement pour l’altérité absolument universel (ce qui signifie valable en tout lieu et à tout moment). Or, comment pourrait-il y avoir un devoir universel de porter la mort à son prochain ?
D’ailleurs, comme le droit est toujours une revendication particulière, personnelle, les rédacteurs des droits de l’Homme de 1789 auraient été bien avisés de rédiger les devoirs de l’Homme. Ce sont les devoirs qui sont un absolu.
En hissant au niveau d’une loi une revendication de « droit à mourir », nous faisons du devoir de donner la mort, un absolu !
C’est une perversion du fondement même de la vie éthique !
Lorsque la société privilégie la volonté personnelle sur l’obligation morale d’humanité, elle renverse ce qui fait sa cohérence : la responsabilité à l’égard du plus fragile.
Il ne s’agit évidement pas de nier la souffrance, ni d’ignorer la demande d’en finir, mais d’oser dire que le respect de la dignité humaine ne peut pas se réduire à l’exécution d’un désir, même ultime, que l’aboutissement d’une demande ne peut être légiféré en terme de droit et que le devoir est d’abord celui de rester fidèle à quiconque, même à ceux dont la vie vacille,
Bien à vous (2)
Guillaume Lemonde
NOTE :
1- Simone Weil, L’Enracinement.
2- Pour ceux qui connaissent la démarche Saluto, la tension qui existe entre droit et devoir est celle qui se trouve entre le feu du passé et l’air de l’avenir, autrement dit entre le point de vue conditionné de la personnalité et l’engagement inconditionnel de l’être.



2 Commentaires
Cette loi est la porte ouverte à toutes les dérives qui ne manqueront pas de survenir – et qui existent déjà au Canada où des enfants handicapés ont été euthanasiés – et rappelle bien sûr l’eugénisme qui a prévalu durant le 19ème siècle que les nazis – et les médecins se rattachant à cette idéologie – utilisèrent au prétexte que certaines vies ne valaient pas la peine d’être vécues. Seuls une vingtaine de ces médecins furent condamnés dans un des tribunaux de Nuremberg en 1947 ( https://reseauinternational.net/oms-et-nouvel-ordre-mondial/). L’aurait-on oublié ?
Gratitude