
« DROIT À L’AIDE À MOURIR » – désacralisation de l’homme
Ce qui advient avec cette loi dite du « droit à l’aide à mourir » est le résultat d’une désacralisation de l’homme. J’aimerais prendre le temps de vous l’expliquer avec mes mots.
Vous savez que, selon le point de vue qui domine, nous disons que chacun d’entre nous est le produit d’une antériorité — génétique, biologique, familiale, sociale, etc. —. Nous nous retournons vers le passé pour comprendre ce que nous vivons aujourd’hui. Mais en nous voyant comme le prolongement de contextes d’où viennent toutes nos qualités et nos épreuves, nous renonçons à une représentation de nous-mêmes qui nous permettrait d’être fondés en nous-mêmes.
Ainsi, avec ce regard qui s’est imposé au XIXe siècle avec la science expérimentale appliquée à la nature humaine, nous nous assimilons à une mécanique : nous réagissons à des stimulus, des modifications hormonales, des contextes psychologiques, des histoires familiales…
Et nous fermons la porte à tout ce qui, en nous, ne répond à aucune condition préétablie, aveugles aux qualités qui font notre humanité et qui sont justement celles qui se donnent sans condition et sans attente : la confiance, le courage, l’amour…
Que valent nos amours si elles sont conditionnelles ? Elles s’apparentent à du commerce. Elles fonctionnent tant que les amoureux se satisfont l’un l’autre. Notre courage, s’il est conditionnel, n’est que de la couardise. Notre confiance, si elle est conditionnelle (« j’aurais confiance si »…) ne vaut pas mieux qu’un pari.
C’est ce qui arrive lorsque l’homme se voit comme un simple produit génétique et social. Il n’est rien de plus qu’une chose dépendant des circonstances. Il est un objet passif, livré aux événements qu’il espère favorables. Il espère, il craint, et se rassure en prévoyant tout ce qui pourrait le contraindre. Il veut tout avoir sous contrôle, que tout soit prévisible, lui y compris.
La surprise et les hasards sont intolérables pour un tel point de vue : ils ne peuvent survenir que du fait d’une incapacité à avoir trouvé leur cause à temps.
Avec un tel point de vue, nous avons donc :
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un monde sans surprise, sans amour, sans courage, sans confiance ;
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un monde où tout est écrit à l’avance, où tout est sous contrôle (jusque dans l’intimité, ce qui mène au totalitarisme);
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un monde froid et lâche où chacun se méfie de tout le monde ;
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un monde où l’autre est un moyen et non une fin, puisque non fondé en lui-même ;
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un monde dans lequel la culture disparaît, puisqu’elle est le fruit de la nouveauté qui, à chaque génération, a été accueillie. Il n’y a rien de nouveau qui puisse survenir lorsque tout doit pouvoir s’expliquer à partir de ce qui est déjà là. Lorsque l’on se prend pour le résultat d’une génétique et d’un contexte social, il n’y a plus de culture qui intéresse quiconque.
Or, nous avons à découvrir que la personnalité, ce qui en nous est le prolongement d’un contexte, ce que nous pouvons expliquer de nous-mêmes en regardant le passé, n’est que le masque de notre être.
(Vous en apprendrez plus en lisant : La cause finale du cartésianisme).
Lorsque nous nous retournons sur notre existence et que nous observons les étapes à travers lesquelles nous sommes passés, nous pouvons remarquer qu’il y a eu des moments de choix, des moments qui n’étaient pas écrits et qu’il nous a fallu accueillir.
C’est dans l’accueil de ces moments-là que nous sommes au plus près de notre être, au plus près de ce qui ne s’explique pas à travers la science expérimentale. La science expérimentale ne pourra jamais prouver que nous sommes plus que ce que le contexte attend de nous, que nous sommes plus que de la matière et un psychisme, car elle cherche des causes dans le passé tandis que nous advenons à nous-mêmes depuis l’autre côté.
Ainsi, en nous prenant pour un produit, nous faisons une erreur de visée.
En terme moral, c’est une perversion : du latin pervertere (renverser, détourner), perversus signifie « détourné du bon chemin ».
Cet oubli fait donc directement le jeu des pervers, qui peuvent utiliser les gens à leur guise et les manipuler comme les objets qu’ils croient être, faute d’avoir conscience qu’ils sont plus que cela.
Les pervers veulent compléter le travail : anéantir toute culture, détruire les traces du passé, mettre à bas la logique, la morale.
L’oubli de l’être, (l’être qui en chaque humain — quelle que soit sa condition personnelle — est sacré), donne licence, à toutes les perversités.
Alors, au lieu de percevoir cet être unique en chacun, on écoute le désir personnel, et l’on donne à croire, à qui veut bien, que respecter l’autre consiste à respecter son désir et à l’assouvir ; ce qui est une perversion absolue ! car en élevant le désir au niveau de l’être, on fait d’un désir par nature possiblement momentané, une réalité immuable à ne pas remettre en question.
J’ose imaginer que la plupart des parlementaires qui ont voté en faveur de la loi dite du « droit à l’aide à mourir » ne sont pas pervers, mais ils participent à cette perversion, endormis à la conscience d’eux-mêmes, à la conscience spirituelle de leur nature, ne considérant que la personnalité amputée de toute transcendance. Ils baignent dans cette ambiance psychopathologique, ne répondant qu’au sentiment, et sont donc influençables — croyant bien faire, pour certains, en respectant l’expression du désir des malades, sans penser plus loin. Sans penser du tout, probablement — et c’est bien là le drame. Ils voteront donc la suite des amendements proposés par les véritables pervers (ceux qui le font pour d’autres motifs, comme des motifs économiques, par exemple), qui font d’eux ce qu’ils veulent.
Il m’a été demandé ce qu’il est possible de faire… Le plus essentiel, à mon sens, est de faire chemin pour apprendre à distinguer en nous:
– ce qui est de la personne de ce qui est de l’être, autrement dit,
– ce qui en nous réagit de ce qui agit sans attente et sans condition,
– ce qui espère de ce qui a confiance,
– ce qui craint de ce qui a du courage,
– ce qui envie de ce qui aime.
Apprendre à en faire l’expérience !
C’est le sujet qui au coeur de la formation Saluto qui commencera en novembre.
Par ailleurs, lisez La personne et le sacré de Simone Weil.
Bien à vous,
Guillaume Lemonde


