
SIMONE WEIL : s’élever au plan des choses éternelles
Dans une lettre à son ami Jean Posternak, Simone Weil écrit :
« Vous me semblez attacher beaucoup d’importance au raisonnement sur l’immortalité.
Je ne leur en attache moi que fort peu. C’est dans cette vie qu’il s’agit de s’élever au plan des choses éternelles. »
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L’immortalité à laquelle nous pouvons avoir la tentation d’espérer, est une abstraction née de la peur de la disparition. Elle se pense pour certains comme un paradis dont les portes s’ouvriraient en rétribution d’une vie morale, pour d’autres comme la prolongation de notre présence dans le souvenir des vivants, pour d’autres encore comme la promesse des progrès de la technologie. Mais en aucun cas, elle n’est plus qu’une abstraction, puisqu’elle naît de la projection d’un désir. Elle est comparable à l’espoir d’un été ensoleillé. Le soleil d’été n’existe pas encore et pourtant nous l’espérons réel, dans nos rêves.
En attachant de l’importance à l’immortalité, nous jouons avec un rêve. Peut-être se réalisera-t-il, peut-être pas. Cela dépend de nous, tout aussi peu de nous que le soleil d’été.
Mais il est difficile de ne pas déraper dans le futur, difficile de ne pas nous projeter ailleurs que là où nous nous trouvons. Il est difficile de s’ouvrir à l’avenir sans se projeter… Il faudrait pour cela, rencontrer un mur bien réel et nous éveiller à son contact.
Ce mur, c’est la mort au seuil de laquelle les projections sont vaines. Il est encore possible d’espérer avant de mourir, mais il est possible de douter d’une manière bien plus existentielle que de l’absence d’un beau soleil lors du prochain été.
Alors si nous pouvions nous représenter la mort toujours plus proche, comme si nous allions mourir dans dix ans, dans cinq ans, dans un an, dans un mois, dans un jour. Si nous pouvions nous représenter l’échéance nous guettant à la prochaine minute, alors nous serions éveillé à cette seule minute, dans une attention des plus pures. Nous cesserions de nous projeter.
En resserrant notre conscience sur cette petite portion finie de temps, nous découvrons que, par un retournement mystérieux, au coeur de ce plus petit moment fini, s’ouvre une éternité, tout comme un tout petit bout de ciel contient à lui seul l’infini. C’est l’attention que nous pouvons exercer à chaque instant, qui ouvre les portes de l’éternité. L’éternité réside maintenant dans l’attention que nous offrons au monde.
Guillaume Lemonde



1 commentaire
Merci Guillaume pour ce bel hommage à Simone Weil et pour la réflexion qu’elle te suscite.