
UNE DÉMARCHE SALUTOGÈNE
UNE DÉMARCHE SALUTOGÈNE
De la même manière, nous essayons de comprendre le monde et ceux que nous rencontrons en nous plaçant à distance. Le chercheur, le thérapeute, etc. restent bien distinct de ce qu’ils observent. Ils sont neutralisés en tant que personne. Ils n’ont pas à amener dans leurs observations ce qu’ils éprouvent. Ils doivent s’en tenir aux faits qu’ils sont capable de collecter et de les penser selon la théorie du moment. Lorsque des faits paradoxaux contreviennent à leur théorie, soit ils décident que certains d’entre eux ne sont pas à prendre en considération, soit ils parviennent à faire évoluer la théorie.
Ainsi, nous regardons chaque situation de l’extérieur, nous référons à notre cadre de référence et cherchons à découvrir les causes qui dans le passé déterminent ce qui est observé.
Ce cadre théorique amène toutefois dans la relation à autrui un biais.
Lorsque nous essayons de comprendre comment aider quelqu’un en fonction de ce que les lois générales nous disent, nous réduisons la personne aux symptômes que nous pouvons comprendre. Nous la réduisons à des symptômes qui lui vont comme un costume plus ou moins bien taillé.
Il y a par exemple cette jeune fille dont le symptôme le plus visible est qu’elle ne mange plus. Comme c’est le symptôme le plus visible, elle est rencontrée en fonction de cette particularité. Elle devient l’anorexique dont on doit s’occuper. Elle entre dans ce cadre de référence.
La connaissance de celui-ci nous permet de nous orienter et de savoir quels sont les soins communs à tous les anorexiques. La jeune fille devra se plier à cette ligne générale de soin.
Or cette démarche n’est aujourd’hui pas suffisamment questionnée.
Elle s’appuie sur un paradigme qui occulte une part essentielle de la nature humaine. Elle s’appuie sur l’évidence que tout ce qui existe peut être expliqué depuis le passé.
Or, si ce paradigme était suffisant pour expliquer la nature humaine, il faudrait convenir que rien de ce qui arrive n’est autre chose que le développement d’une antériorité et que, de ce fait, la jeune fille dont il est ici question est déterminée par son contexte et irresponsable de ce qui lui arrive : autrement dit, complètement soumise à une antériorité, elle n’est pas fondée en elle-même et ne peut pas faire un chemin avec ce qui lui arrive.
En conséquence, en nous référant à un tel paradigme, nous ne devrions rien attendre d’elle…
Pourtant, nous voulons l’aider à trouver les ressources qui lui permettront de traverser son épreuve et à guérir…
Si nous prenons au sérieux notre volonté de l’aider à trouver les ressources qui lui permettront de traverser son épreuve, alors nous avons à changer de paradigme.
En effet, un réel changement ne peut pas s’appuyer sur la seule compréhension de la situation. La compréhension explore le passé. Or, le changement remet en question le passé. Il faut donc connaître le passé et rendre possible ce qui n’est pas issu du passé.
Pour qu’un réel changement survienne, nous avons à faire advenir quelque chose qui ne peut pas être saisi par la compréhension de la situation, mais éprouvé dans la rencontre.
« Faire advenir », c’est, littéralement, s’ouvrir à l’avenir. Une part de notre condition humaine est à venir. Nous sommes en permanence en train d’essayer d’advenir à nous-même, en permanence en train de remettre en question ce qui du passé nous conditionne. Cette remise en question provoque des remous et ces remous parfois se manifestent en tant que maladie.
Chaque maladie peut s’expliquer à partir du passé d’un point de vue général. L’observateur de la situation est alors à l’extérieur de celle-ci. Mais dès que nous rencontrons quelqu’un véritablement, nous remarquons que sa maladie est l’expression des remous qu’il provoque en essayant d’advenir à lui-même dans un contexte trop contraignant.
Si nous avions les moyens de reconnaître ce que cet être est en train d’exercer pour rencontrer le contexte qui le contraint, si nous savions comment l’aider à cet endroit, nous offririons à la personne malade de quoi faire un chemin à travers ce qu’elle vit.
Nous pourrions même contribuer à ce que les remous (la symptomatologie) se calment. Une telle approche serait véritablement salutogène.
VOIR FORMATION À LA DÉMARCHE SALUTO.
Bien à vous
Guillaume Lemonde



1 commentaire
MERCI ! C’est tellement évident en le lisant, et si difficile à mettre en place concrètement. Que ce soit envers les autres et envers soi-même. Un changement de paradigme n’exige pas uniquement la compréhension de la théorie, mais également de l’entraînement. Et dans un contexte où, peu de personnes exercent réellement, ni n’admettent qu’il est possible de voir ou faire les choses autrement, cela devient alors très complexe.