
L’ÉDUCATION À LA LIBERTÉ
Ce qui est libre en l’enfant ne saurait être l’effet d’un déterminisme antérieur, qu’il soit biologique, familial, social ou culturel. Si l’être humain à la possibilité d’exercer sa volonté librement, alors cette faculté, inconditionnelle puisque libre, ne peut provenir de ce qui le précède. Elle ne peut être le prolongement du passé, le résultat de ce qui aura été inculqué au cours de l’enfance. Le libre arbitre ne s’hérite pas ; il ne se transmet pas ; il ne se fabrique pas.
La liberté advient au présent. Elle n’est jamais donnée une fois pour toutes, mais toujours à exercer. Pourtant, si elle ne peut être produite, elle peut être rendue possible. Ce qui est essentiellement libre en chacun de nous, a besoin, pour trouver un chemin et que celui-ci ait été ouvert auparavant par d’autres.
C’est en ce sens que l’éducation s’inscrit dans le temps. Non pour produire chez l’enfant ce qui est libre en lui, mais pour préparer les conditions qui lui permettent d’advenir à lui-même.
Considérons la liberté de jeu d’un pianiste : elle ne naît pas de la somme des heures de travail exigées par son professeur. Ces heures ne produisent pas le talent. Elles préparent le terrain à partir duquel celui-ci pourra se réaliser.
Il en va de même de la lumière. Dans une chambre obscure dont les fenêtres sont fermées, ouvrir les volets ne produit pas la lumière. Cela permet seulement à une lumière déjà présente au-dehors d’entrer.
Ainsi, l’éducateur n’est pas celui qui apporte la lumière à l’enfant. Il est celui qui ouvre les volets de son âme (de son psychisme, dirons-nous en nous référant au grec plutôt qu’au latin) afin que sa propre lumière puisse l’habiter.
Car l’être de l’enfant, cette part libre qu’il porte, est déjà là, avant même que l’adulte qu’il deviendra n’en prenne conscience. Cette dimension essentielle, que l’on pourrait dire intemporelle, et à partir de laquelle nous découvrons qu’il est possible de vivre des actes inconditionnels, comme l’amour, la confiance, le courage, le pardon, etc. précède son actualisation psychique. Il la précède depuis l’avenir : il est déjà en train d’advenir tandis que l’enfant ne peut encore la recevoir.
Or, le psychisme tend spontanément à maintenir les volets fermés. Il recherche la stabilité, la protection, la continuité du connu. Il se replie dans un quant à soi qui assure une forme de sécurité, mais au prix d’un éloignement de la réalité vivante.
Dès lors, la tâche véritable de l’éducateur apparaît : il est celui qui ose mettre en question ce repli. Non pour imposer une direction, ni pour produire une forme déterminée, mais pour orienter l’enfant vers un au-delà de lui-même, vers le monde, vers les autres, vers ce qui ne dépend pas de lui.
L’éducateur n’est donc ni un fabricant d’identités ni un technicien du comportement. Il est celui qui ouvre une voie. Une voie par laquelle l’enfant pourra, devenu adulte, accueillir l’être libre qu’il est.
Comment s’y prendra-t-il ? Suivez ce lien.
Guillaume Lemonde


