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ÉDUQUER… LAISSER S’ÉPANOUIR OU DISCIPLINER ?
Informations complémentaires
| Auteur | |
|---|---|
| Numéro | 2024/12 (N°5) |
| Parution | 2024 |
| Format numérique | |
| Nombre de pages | 22 |
Ce texte résout le paradoxe éducatif classique – épanouissement ou discipline ? – non pas en cherchant un compromis, mais en montant plus haut : en distinguant deux actes éducatifs de nature radicalement différente, educare et educere, portés par deux temporalités opposées. Il fait le lien entre la collection Relation thérapeutique – le cercle fonctionnel psychique – et la collection Relation éducative – les phases du développement et les actes pédagogiques adaptés à chaque âge. C’est le texte sans lequel aucun des autres cahiers éducatifs – sur la petite enfance, l’adolescence, l’autorité, la sexualité – ne peut être pleinement compris.
Abstract : Cet article s’ouvre sur le paradoxe fondateur de toute éducation, tel qu’il se pose depuis Kant – développer dans chaque individu la perfection dont il est susceptible – et Durkheim – former des êtres sociaux correspondant aux besoins de la société. L’auteur soutient que ce paradoxe ne se résout pas en cherchant un juste milieu entre épanouissement et discipline, mais en montant plus haut, selon la formule de Simone Weil : en découvrant un point de vue depuis lequel les deux exigences cessent de s’opposer. Ce point de vue est celui d’une distinction radicale au sein de la nature humaine elle-même : d’un côté, ce qui entre dans la vie – déterminé par le passé, biologique, social, contextuel – et qui appelle une instruction (educare) ; de l’autre, ce qui est appelé à faire société – potentiel irréductible à toute antériorité, advenant depuis l’avenir selon une temporalité inversée – et qui appelle une éducation au sens strict (educere). S’appuyant sur l’étymologie latine, l’auteur montre que educare – nourrir, entretenir, instruire – suit la flèche du temps et produit des êtres sociaux connaissant les codes ; tandis que educere – conduire hors de la condition naturelle, élever – agit à rebours du flux causal, en ouvrant une brèche dans les automatismes du cercle fonctionnel psychique pour que puisse advenir ce que l’enfant a d’unique et d’inconditionnel. Cette brèche – ce skholè au sens grec, temps suspendu hors des nécessités de la vie – est identifiée avec précision dans le cercle fonctionnel psychique pour chaque âge : entre la satisfaction du désir et l’objet désiré pour le petit enfant, libérant la stabilité intérieure ; entre le sentiment et la représentation pour l’enfant de l’école primaire, libérant la profondeur perceptive ; entre la prévision et la satisfaction attendue pour l’adolescent, libérant la capacité d’engagement. L’article montre que ces qualités – stabilité, profondeur, engagement, confiance – ne peuvent pas être enseignées mais seulement rendues possibles par un acte éducatif qui s’interpose dans le flux déterministe du psychisme, et que cet acte n’est possible que si l’éducateur l’a lui-même exercé. Il conclut que la dichotomie entre instruction et éducation s’efface lorsque les moyens de l’instruction sont portés par la qualité intérieure de l’éducateur : educare et educere coïncident alors au présent. L’article s’inscrit dans le cadre de la téléopsychologie et de la démarche Saluto, et s’appuie sur Hannah Arendt, Kant, Durkheim, Simone Weil et Spinoza.
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